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Quand les valeurs nous immobilisent : une question silencieuse sur la croissance

  • Photo du rédacteur: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • 1 mai 2019
  • 4 min de lecture

Nos valeurs peuvent-elles devenir un frein — voire un obstacle — à notre croissance personnelle ?


Apparemment oui…


Au cours des dernières années, j’ai consacré beaucoup de temps à réfléchir à mes valeurs personnelles. Cette réflexion a façonné ma façon de vivre — tant sur le plan personnel que professionnel — en guidant mes décisions, mes limites et la manière dont je me présente au monde. Une chose m’a frappée en chemin : mes valeurs sont aujourd’hui bien plus enracinées qu’elles ne l’étaient à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Certaines se sont renforcées avec le temps ; d’autres ont émergé à travers l’expérience vécue.


Inutile de dire que je porte mes valeurs avec fierté — et avec ferveur. Peut-être même un peu trop, parfois. J’en parle souvent. Ceux qui me connaissent bien diraient sans doute : trop souvent. Un simple coup d’œil à mes anciens billets de blogue confirmerait probablement que les valeurs occupent une place centrale dans ma vision du monde.


Et puis, hier soir, cette vision a été doucement ébranlée.


Alors que je soupais avec deux amies et une collègue, j’ai entendu l’une d’elles dire — presque à la légère — que nos valeurs peuvent parfois devenir un frein à notre croissance personnelle.


Avant d’aller plus loin, un peu de contexte.


Ce fut un réel plaisir de me retrouver en présence de ces deux femmes, Melissa et Julie, que je n’avais pas vues depuis de nombreuses années. Julie, en particulier, occupe une place toute spéciale dans ma vie — une sorte d’âme sœur. Nous nous sommes rencontrées il y a longtemps dans le cadre de notre travail en entrepreneuriat jeunesse, et le lien s’est créé instantanément. Elle a aussi été d’un grand soutien durant l’une des périodes les plus difficiles de ma vie.


Même si le temps et la géographie ont redessiné nos trajectoires, nous sommes demeurées en lien, suivant chacune le parcours de l’autre à distance. Je savais, à la suite de conversations récentes, que Julie avait entrepris il y a plusieurs années un profond cheminement de croissance personnelle — un chemin qui l’a menée à accompagner d’autres personnes par le biais d’ateliers, de méditation et de l’écriture, entre autres. J’ai énormément de respect pour son travail et sa perspective, ce qui explique pourquoi son commentaire m’a autant habitée.


J’ai été sincèrement surprise d’entendre que les valeurs — que j’ai toujours considérées comme le fondement même de l’être — puissent en réalité créer des fissures dans cette fondation, voire empêcher toute croissance supplémentaire. (Pour celles et ceux qui me lisent pour la première fois : les métaphores sont ma langue maternelle.) J’ai longtemps cru que les valeurs s’approfondissent à mesure que l’on apprend à mieux se connaître, et que cet approfondissement est non seulement naturel, mais souhaitable. Il me semblait logique que de nouvelles valeurs émergent au fil des expériences. Ce qui ne m’avait jamais traversé l’esprit, c’est que certaines valeurs puissent agir comme des constructions — voire des illusions — un peu à l’image de l’ego.


Je simplifie peut-être, ou je comprends mal le propos de Julie, et j’espère qu’elle interviendra ici. Mais ce que j’en ai retenu, c’est ceci : parfois, certaines valeurs ne servent plus notre croissance — et dans ces moments-là, elles méritent d’être questionnées, assouplies, voire laissées derrière.


Depuis cette conversation, mon esprit s’emballe.

Est-ce que je m’accroche à des valeurs qui ne me servent plus ?


Fait intéressant : au cours des derniers mois, j’ai invoqué certaines valeurs à répétition — pour expliquer pourquoi je ne pouvais poser un geste précis ou avancer dans une situation donnée. À partir de mes expériences vécues, j’avais conclu que les valeurs en jeu n’étaient pas alignées, et qu’aller de l’avant reviendrait à trahir les miennes. Ultimement, dans ces situations, j’ai choisi de lâcher prise — non pas sur mes valeurs, mais sur l’issue. J’ai accepté ce qui était.


Les paroles de Julie ont résonné en moi parce qu’elles faisaient écho à quelque chose que je vivais déjà, sans l’avoir pleinement nommé.


Prenons l’authenticité, par exemple — une valeur qui m’est chère. J’ai de la difficulté lorsque les gens ne sont pas francs avec moi, lorsque les intentions restent floues ou non dites. Aussi inconfortable que puisse être une rétroaction honnête, je la préfère de loin au fait d’apprendre la vérité par une tierce personne — ou pire encore, de la deviner à travers des comportements et des silences.


Cela dit, je suis aussi consciente de mes propres limites. Je ne réagis pas toujours de façon à démontrer immédiatement écoute et empathie. J’ai besoin de temps. D’espace. De digestion. Il n’est pas rare que je revienne vers la personne plus tard — le jour même ou le lendemain — avec des réflexions plus posées, en partageant ce que l’échange a fait émerger en moi. Ces moments mènent souvent à des dialogues plus riches, à une compréhension accrue et à un passage plus rapide en mode collaboration.


En ce sens, valoriser l’authenticité m’a bien servie.


Et pourtant, une question persiste : à quel moment une valeur devient-elle un bouclier plutôt qu’un guide ? À quel moment protège-t-elle la croissance — et à quel moment y résiste-t-elle, en silence ?


Alors que je demeure avec cette question, je ressens un profond désir d’entendre les perspectives et les expériences vécues d’autres personnes. Une chose est certaine : je participerai très bientôt à l’un des ateliers de Julie, ou je prendrai le temps de m’asseoir avec elle pour une conversation plus approfondie. Je souhaite explorer, de façon plus consciente, comment nos valeurs peuvent parfois nous desservir — non pas pour les abandonner, mais pour les habiter avec davantage de lucidité.


Cette réflexion me semble inachevée.


Et peut-être est-ce exactement là où elle doit être.


Une petite plante verte émergeant d’une profonde fissure dans des planches de bois vieillies, symbolisant la résilience, la croissance et la tension entre structure et changement.
Même les structures les plus solides doivent céder pour que la croissance puisse advenir.



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