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Le temps arrange-t-il vraiment les choses? Une réflexion sur le pardon

  • Photo du rédacteur: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • 6 janv. 2019
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Il y a des moments dans la vie qui invitent naturellement à l’arrêt. Des instants où l’on prend du recul, où l’on observe le chemin parcouru, les événements qui l’ont jalonné, les choix posés — ou évités. Ces pauses, qu’elles soient conscientes ou imposées, influencent souvent les intentions que l’on nourrit pour la suite. (Admettons-le : nous portons presque tous, quelque part en nous, au moins une résolution intime, même si elle ne se dit pas à voix haute.)


Pour ma part, ces moments de ralentissement m’amènent autant à réfléchir à ma propre trajectoire qu’à celle des gens qui m’entourent. Depuis quelque temps, une question revient avec insistance : celle du pardon, et du rôle que le temps joue — ou non — dans ce processus.


Quand le corps se souvient

J’ai déjà partagé, dans un texte portant sur l’anxiété, avoir traversé une période profondément traumatisante à la suite d’une séparation. Pendant de nombreuses années, certains moments du calendrier ravivaient chez moi une appréhension diffuse, un malaise difficile à nommer, et ce, malgré les démarches thérapeutiques entreprises et les stratégies mises en place pour aller mieux. Curieusement, cette tension coexistait avec un réel enthousiasme en début de période festive, pour ensuite laisser place à une forme de lourdeur intérieure, parfois accompagnée de symptômes légers mais bien présents.


Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à sentir un changement réel dans la façon dont mon corps et mon esprit traversaient ces mêmes périodes.


Certaines personnes m’ont parlé de mémoire cellulaire — cette idée selon laquelle le corps conserverait les traces de nos expériences marquantes, heureuses comme douloureuses. Selon cette perspective, les blessures du passé continueraient de se manifester bien au-delà de l’événement lui-même, inscrites quelque part dans notre « moi intérieur ». L’hypothèse est intéressante. Peut-être que certaines expériences laissent une empreinte plus profonde qu’on ne l’imagine. Mais comme le cœur de cette réflexion porte sur le pardon, je choisis de ne pas m’attarder davantage à ce débat.


Le pardon, loin des grandes révélations

On m’a aussi parlé de trauma, de lâcher-prise, d’acceptation. Plus rarement, on m’a parlé du pardon — sauf peut-être dans certains contextes spirituels. Comme beaucoup, j’ai eu à pardonner à des personnes qui m’ont blessée. Et comme tout être humain, j’ai aussi eu à demander pardon pour le tort que j’ai pu causer.


Pendant longtemps, je croyais que le pardon devait se vivre comme une expérience forte, immédiate, presque spectaculaire : une libération soudaine, un soulagement intense. Or, mon expérience a été tout autre. À quelques reprises dans ma vie, le pardon s’est installé sans fracas. Un jour, simplement, je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus de colère, plus de peine, plus de ressentiment. Rien.


Dans certains cas, j’ai revu ces personnes après une longue période sans contact. Bien sûr, il y avait une légère maladresse, une distance naturelle. Mais à l’intérieur, tout était calme. Aucune animosité. Mieux encore : je leur voulais sincèrement du bien. Cette expression — beaucoup d’eau a coulé sous les ponts — a alors pris tout son sens.


Je m’étais pourtant imaginé mille scénarios au fil des années. Et voilà que, face à la réalité, il ne restait qu’une forme de paix inattendue. Une révélation, presque.


Ce que le temps fait, doucement

On dit souvent que le temps arrange les choses. L’expression peut sembler banale, mais je crois aujourd’hui qu’il existe un lien réel entre le temps et le pardon. J’ai longtemps souhaité, demandé, parfois même prié pour trouver la force de pardonner — ou simplement pour ne plus porter ces sentiments lourds en moi. Et pourtant, le pardon ne s’est pas présenté comme un objectif à atteindre. Il est arrivé sans prévenir, en chemin, sans même que je m’en rende compte.


Je me souviens surtout de l’émerveillement qui a suivi. De cette question intérieure : À quel moment est-ce arrivé? Et de cette sensation claire, presque lumineuse : wow…


Je n’ai pas de réponse définitive à offrir sur la façon dont le pardon s’installe en nous.


D’autres sauront peut-être mieux l’expliquer. Mais je crois profondément que lorsqu’une personne est animée d’une intention sincère — celle de ne plus rester en conflit, de ne plus nourrir la rancœur — les choses finissent par se remettre en place. Cela demande parfois du temps, de l’espace, et même de l’accompagnement. Mais le pardon, tout comme le fait d’être pardonné, demeure possible.


Quand on le souhaite vraiment.



Deux paires de mains ouvertes, suspendues dans un fond sombre, sans se toucher, symbolisant la vulnérabilité, l’espace nécessaire au pardon et le processus intérieur de réconciliation.
Parfois, le pardon ne se manifeste pas par un geste éclatant, mais par cet espace calme où les mains s’ouvrent, sans attente ni retenue.

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