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Vivre avec l’anxiété : mon expérience et ce que j’ai appris en chemin

  • Photo du rédacteur: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • 30 déc. 2018
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 janv.

Je constate depuis quelques années les efforts de sensibilisation déployés par les professionnels de la santé - bonjour Manon Porelle!- pour démystifier l'anxiété et en parler plus ouvertement.  Il semble d’ailleurs que l’anxiété soit devenue le mal du siècle (voir le 3e point dans les statistiques plus bas). Nous pouvons aussi remercier les campagnes annuelles Parler pour la cause de Bell, qui ont grandement contribué à cette prise de conscience collective.


Je me rappelle particulièrement d'une publicité télévisée mettant en scène des enfants dans un corridor, parlant d’une camarade de classe aux prises avec des problèmes de santé mentale. On les voit répéter le même message trois fois, la traitant de « folle », jusqu’à ce qu’une des fillettes intervienne et dise : « Elle n’est pas folle, elle est malade. On devrait aller lui dire bonjour. »


Une phrase simple, mais puissante. L’une des cinq façons d’enrayer la stigmatisation : changer le langage utilisé.


Enfin, les personnes vivant avec des troubles mentaux s’ouvrent un peu plus facilement et partagent leurs expériences — souvent via les médias sociaux — ce qui contribue à ouvrir le dialogue. (Tiens, voilà d’ailleurs un autre bon sujet d’écriture : comment ouvrir le dialogue…)


Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes

J’ai fait une recherche rapide — non scientifique — pour me remettre à jour sur le sujet. Voici quelques statistiques qui m’ont frappée :

  • Chaque semaine, plus de 500 000 Canadiens s’absentent du travail en raison de leur santé mentale, selon la Commission de la santé mentale du Canada (Parler pour la cause de Bell).

  • Près d’une personne sur cinq souffrira d’une maladie mentale au cours de sa vie (Institut universitaire en santé mentale de Montréal).

  • Les troubles mentaux représentent plus de 20 % de la charge de morbidité de notre société, se situant au 2e rang, juste derrière les maladies cardiovasculaires (23 %) et devant les cancers (11 %).


Ouf.


Ces statistiques démontrent à quel point il s’agit d’un enjeu majeur. À tel point que j’ai décidé, à mon tour, de contribuer à briser la stigmatisation en vous partageant mon expérience personnelle avec l’anxiété. J’espère d’ailleurs pouvoir, dans un autre texte, aborder la perspective des personnes qui entourent quelqu’un vivant avec l’anxiété — parce qu’on n’en parle pas assez.


Vivre avec l’anxiété : mon point de départ

Revenons en arrière en 2008.


Je vivais alors ma séparation avec le père de ma fille. Nous étions en plein mois de janvier. Ma fille avait 11 mois, mon fils 7 ans. Je venais de commencer un emploi à temps plein — besoins financiers obligent — après un passage en entrepreneuriat, quittant ainsi ma routine de semi-congé de maternité, tout en jonglant avec mon institut de langues.


Pour couronner le tout, l’hiver était particulièrement rude. La neige ne cessait de tomber. Dieu merci pour mes bons voisins, qui sont venus déneiger ma cour à plusieurs reprises. Vivant de paie en paie, je garde encore des souvenirs amers de cette période : le manque de bois de chauffage, le réservoir d’huile rempli par tranches de 300 $ — tout ce que je pouvais me permettre — pour me retrouver à court moins de deux semaines plus tard.


(Gros soupir.)


Bien sûr, la séparation n’est pas arrivée par surprise. Rien n’allait plus depuis longtemps. Mais la vivre dans ces conditions a été profondément traumatisante.


Les émotions étaient si intenses que, malgré toutes les larmes versées, elles continuaient de s’exprimer sous forme de cauchemars et d’épisodes de dépression profonde. L’anxiété s’est d’abord manifestée par une sensation de paralysie — je ne sentais plus mes jambes. Plus j’essayais de me calmer, plus la panique augmentait. Les hyperventilations ont suivi. Retrouver mon souffle devenait un combat.


Je me suis retrouvée à plusieurs reprises à l’urgence, convaincue que je faisais une crise cardiaque et persuadée que j’étais en train de mourir. On m’a prescrit des médicaments contre l’anxiété. Je me souviens avoir pris une seule pilule au coucher, un soir, et d’avoir ressenti des sensations si étranges que je me suis effrayée moi-même.


Apprendre à comprendre… et à apaiser

C’est finalement mon médecin de famille de jeunesse, lors d’un séjour chez mes parents, qui m’a prescrit des antidépresseurs afin de rééquilibrer mes neurotransmetteurs. Accepter cette médication m’a demandé énormément d’humilité. J’y voyais un échec. D’autres facteurs ont contribué à ce sentiment — peut-être pour un autre texte — mais disons que le contexte amplifiait tout.


Les antidépresseurs ont fait partie de ma vie pendant quelques mois. Ils m’ont aidée à apaiser le bruit constant dans ma tête et à retrouver le sommeil. (Quand on ne dort pas, on ne récupère pas.)


Peu à peu, j’ai trouvé une psychologue extraordinaire (merci Krista!) qui m’a outillée et aidée à me reconstruire. J’étais complètement démolie émotionnellement. Malgré tout, l’anxiété continuait de refaire surface, de façon ponctuelle, dans certains moments de stress. Les jambes engourdies, la sensation de paralysie, l’hyperventilation… Je devais parfois sortir à l’extérieur, respirer dans un sac ou marcher rapidement pour reprendre une respiration normale.


Puis, en 2015, j’ai vécu un tournant majeur.


Un psychologue (merci Jean-Luc Williams) m’a expliqué l’anxiété avec une telle simplicité que j’ai enfin compris — intellectuellement, émotionnellement et même spirituellement — ce qui se passait en moi.


En résumé, voici comment je l’ai compris : L’anxiété est une réaction chimique apprise face à une perception de danger. Depuis des millénaires, l’être humain fonctionne selon le mode fight or flight. Homme devant ours : l’homme choisit de tuer l’ours ou de s’enfuir. (Les mots de Jean-Luc — ce qui m’a bien fait rire.)


Dans mon cas, j’avais adopté le mode freeze. Mon cerveau avait appris à activer ces réactions — jambes paralysées, souffle coupé — lorsqu’il percevait des émotions semblables à celles vécues en 2008. La bonne nouvelle? On peut reprogrammer son cerveau.


Nos pensées deviennent nos émotions.

Nos émotions deviennent nos comportements.

Et nos comportements influencent notre humeur.


Ce fut un immense déclic.


J’ai appris à dialoguer avec mon cerveau, à l’apaiser consciemment lorsque les symptômes apparaissaient. Je lui répétais :« Il n’y a pas de danger en ce moment. C’est correct. Ce n’est pas la réaction que je souhaite. »


Au début, je devais me le répéter dix, vingt fois… peut-être plus. Mais avec le temps, le message s’est intégré, et l’apaisement est venu plus rapidement.


Apprendre à écouter ses voix intérieures

Je suis bien consciente que cette approche ne convient pas à tout le monde. Mais elle a fonctionné pour moi. Elle m’a aussi permis de prendre conscience de mes monologues intérieurs — et de la façon dont mes pensées influençaient directement mon état.

Je me rendais compte que, dans certaines situations, je m’enfonçais moi-même en me rabaissant, en me jugeant durement. (La Nadine qui tape fort, elle ne fait pas dans la demi-mesure, laissez-moi vous dire!)


Nous avons tous des voix intérieures. Lorsqu’on apprend à les identifier, c’est extrêmement révélateur. Même celles qui semblent nous nuire jouent, au fond, un rôle de protection. Bref… un sujet passionnant pour un autre billet — peut-être avec la collaboration de ma coach Isabelle.


Ne pas souffrir en silence

Si vous vivez avec l’anxiété, l’essentiel est de ne pas souffrir en silence et d’aller chercher de l’aide. Voici quelques ressources utiles issues de ma recherche :



Si ce texte peut contribuer, ne serait-ce qu’un peu, à normaliser l’anxiété et à ouvrir le dialogue, alors il aura rempli sa mission.


Silhouette d’une tête humaine illustrant l’anxiété et la surcharge mentale.
L’anxiété, c’est ce bruit intérieur qui persiste même quand tout semble calme à l’extérieur.

1 commentaire

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lanthierisabelle
11 nov. 2023
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci de contribuer à déstigmatiser l'anxiété !

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